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L’enfer de la tomate – 2/3

Pour bien comprendre cette anecdote, n’oubliez pas de lire la première partie.

Donc, je suis en route vers la plantation de tomates avec le propriétaire, Jim, un Canadien dans la 40aine fors sympathique. Je suis clairement entre de bonnes mains. On roule un bon moment vers la ville de Bowen, où est censée se trouver la plantation. On y récupère son chien chez le vétérinaire et on fait ensuite un arrêt à l’épicerie. Jim me demande d’acheter de la nourriture pour au moins 2-3 semaines. Je reste un peu surprise. Je n’ai pas un rond, mais lui obéis et fais une grosse épicerie incluant viande, légumes, céréales. Bref, toutes les choses dont je me prive depuis des semaines. Au diable les dépenses, j’ai une job qui va (bientôt) me rapporter GROS, je suis (bientôt) RICHE. Je sors de l’épicerie avec un minimum de 6 gros sacs remplis à craquer.

On reprend la route, mais sans GPS ni téléphone cellulaire, je n’ai rien pour me repérer. Seulement ce que Jim me dit.

Le trajet me semble interminable et plus on s’enfonce dans les Outbacks australiens, plus je me sens mal et loin, je commence à trouver mon move plutôt stupide. Je fais quelques commentaires sur la longueur du trajet, il les balaie du revers de la main. On atteint la plantation deux heures plus tard. Je me sens mal, mais je descends avec mon sac à dos géant et mon épicerie que je trouve à présent ridicule.

Jim me fait ranger ma nourriture, puis visiter la plantation. La plantation se révèle être le paradis pour une fille comme moi : un « all-you-can-flatte » d’animaux exotiques. Il y a des wallabys, des kangourous, des émeus et des koalas, je les flatte presque tous, je capote, je suis sur un high.

Je croise quelques jeunes sur le « ranch », ils semblent réservés, tant pis. Le proprio me présente sa femme et sa belle-mère, deux Australiennes, puis me montre le dortoir ou je m’installe ; une longue pièce composée uniquement de lits superposés et de quelques armoires.

Je commence tout juste à sortir les choses de mon sac qu’une fille entre dans le dortoir. Je me présente : « Allô, moi c’est Joëlle. Je viens juste d’arriver, je vais aussi travailler sur la plantation ! »

Elle me regarde un peu mal à l’aise : « Allô… moi c’est X (incapable de me souvenir de son nom). Bienvenue… mais merde, tu devrais repartir »

« Euhhh quoi ? Je viens juste d’arriver en plus j’ai fait une gigantesque épice… »

« On part tous demain matin, on s’en va, on est pris ici depuis 3 mois, y’a rien à faire, on a plus d’argent, ils n’arrêtent pas de nous promettre du travail, mais ils mentent, va t’en, reste pas prise ici ! »

Oh. My. God.

Mon esprit part dans tous les sens, la petite voix intérieure qui me disait « hiiii c’est louche ça fille », maintenant me crie à tut tête « DÉCALISSEEEEE FILLE!!! »

Je lui demande de m’en dire plus, elle me dit qu’ils sont une dizaine de backpackers à être « pris » sur la plantation depuis quelques mois. Jim leur promet du travail, mais ils n’ont rien depuis des semaines et ne font que dépenser pour le logement et la nourriture. Mon cauchemar se matérialise.

Je lui demande si je peux partir avec eux. Elle me dit que c’est impossible, car ils sont déjà trop et entassés.

C’est comme si tout d’un coup la plantation s’était transformée en un énorme sable mouvant. Je pense à ma gigantesque épicerie que je vais devoir laisser derrière, c’est con, mais quand ça fait 2 mois que tu ne manges que des sandwichs au beurre de peanut, ton épicerie pèse lourd dans la balance.

Je suis incapable de me faire un plan de match. Ma tête s’est transformée en un gros bol de Jell-O. Je dois trouver le moyen de parler à mon amie Vanessa, qui est à Cairns, elle pourra m’aider.

La suite c’est ici!

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