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L’enfer de la tomate – 3/3

Si tu veux comprendre cette histoire, il faut lire les deux premières parties:

L’enfer de la tomate 1/3 

L’enfer de la tomate 2/3 

Je sors en trombe du dortoir, ne passe pas go et ne réclame pas mon 200 $. Direction Jim pour lui annoncer mon départ imminent. Il va comprendre et m’aider à rentrer à Airlie, right? Yeah, right.

J’assiste à la transformation de Dr Jekyll : le gentil Canadien de tout à l’heure devient un tout à coup un homme froid et fermé, il refuse catégoriquement de m’aider et ridiculise mes craintes.

Je lui demande d’emprunter son téléphone, il me dit qu’il est brisé et ne sera pas réparé avant quelques jours. Le téléphone le plus proche se trouve au bâtiment C à environ 2 km de marche. Entre les deux se trouve le bâtiment B, la seule source de lumière qui éclaire et sépare les deux KM de brousse australienne aux alentours.

Le soleil est déjà couché. J’équipe ma précieuse lampe frontale et tout mon courage, et part à la quête du téléphone. Je marche difficilement à travers les hautes herbes et les clôtures de barbelés qui délimitent les terrains.

C’est la noirceur totale des Outbacks Australiens qui m’entoure et les histoires de morts étranges dans la région qui commencent à tourner dans ma tête. J’enjambe une troisième clôture de barbelée pour me trouver face à face avec deux gros yeux noirs. Une bête immense, mon cœur fait un demi-tour dans ma poitrine. Je me trouve dans un enclos à chevaux. Je les contourne doucement pour ne pas les affoler, tandis que je pleure de rage et de peur.

Mon trajet est guidé par la seule lumière qui éclaire le bâtiment B, une petite maison blanche décrépite tout droit sortie d’un film d’horreur. Je fais quelques pas dans l’entrée et laisse aller un « Hi ? » que je regrette au moment ou il quitte ma bouche. Je ne reçois aucune réponse et c’est tant mieux. Je reprends vite mon chemin et pleure de plus belle, frustrée par mon manque de vigilance et ma naïveté.

J’arrive enfin au bâtiment C, une longue bâtisse dans un état qui laisse à désirer, mais il y a de la lumière à l’intérieur et un camion est stationné dans la cour avant. « Hiii ? I need to use your phone. Hello ? Anyone ? » Personne.

Je reste plantée devant la bâtisse pendant quelques minutes puis me décide à y entrer. Je n’ai toujours aucune réponse. Je repère le téléphone, dans le petit salon adjacent à l’entrée, une antiquité qui ne fonctionne qu’à coup de pièces de 50 cents australiens. Heureusement, j’ai quelques pièces dans ma poche, que j’utilise pour appeler mon amie Vanessa. Elle répond au cinquième coup. Je suis hystérique, je pleure, elle ne comprend rien, je lui dis que je suis dans le pétrin. J’entends des gens rire autour d’elle, un rappel du monde extérieur, qui clash avec ma réalité. Elle me demande de lui dire où je me trouve, et je suis incapable de lui répondre, je ne le sais pas moi-même. Elle me dit de partir dès que possible : le lendemain matin, première heure, elle va m’attendre à Cairns.

Je repars vers le bâtiment A, sans avoir croisé qui que ce soit. Je suis dans un état second. À mon arrivée, je demande à Jim de me reconduire à la ville ou le village le plus proche, je peux le payer. Il refuse. Je lui demande de me déposer au moins à la route la plus proche. Il finit par accepter de me déposer en tracteur sur une route qui croise son domaine à quelques kilomètres de là.

Je ne dors pas de la nuit. Le lendemain matin, je remplis un sac d’épicerie de denrées non périssables. Jim me dépose comme prévu sur la route déserte. Je n’ai toujours aucune idée d’où je me trouve, mais je sais que passer la nuit sur cette route n’est pas une option. Je fais du pouce, mais à mon grand désarroi en 3 heures je ne croise que quelques automobiles et personne ne s’arrête.

Finalement, quelques heures plus tard, un camion 16 roues s’arrête. Le chauffeur, un homme dans la cinquantaine, ne comprend pas ce que je fais là, à faire du pouce dans les Outbacks australiens. Il me fait monter et je lui déballe mon histoire. Il est Ébahis et frustré à la fois de l’homme qui m’a abandonné à mon sort de la sorte.

On roule pendant un bon moment en direction de la station d’autobus de Bowen. Je ne lui fais pas tout à fait confiance et je crois qu’il le sent. Il m’achète un sac de chips et un Gatorade en chemin pour être fin, parce que les gens fins ça existe encore. J’aimerais pouvoir remonter le temps et lui remettre en triple. J’ai oublié son nom depuis, mais je suis convaincue que ce camionneur m’a sauvé la vie.

Le blooper de l’histoire : au moment où j’ai mis les pieds à Cairns en débarquant de l’autobus, mon sac d’épicerie, vraisemblablement aussi fatigué que moi, s’est déchiré et son contenu répandu aux quatre coins du débarcadère. J’ai réussi à sauver deux patates, des craquelins et quelques carottes.

Mais le pire dans tout cet enfer, c’est que je n’ai pas vu une seule tomate!

2 Réponses

  1. Hélène Gagné

    Quelle histoire ! Cependant, j’aimerais bien savoir si c’est une arnaque et pourquoi cet homme t’a-t-il conduit dans ce piège???

    1. ciaobyetravel

      De ce que j’avais pu tirer de la fille ( ef subséquament en soirée d’autres backpackers) c’était une combinaison de facteurs. La saison n’était pas très fructueuse pour Jim, donc peu de travail pour ceux qui y étaient. J’imagine qu’il gardait tout le monde parce que ça allait plus vite lorsque il les apportait au champs? L’autre chose est lorsque tu fait du picking, si tu ne ramasse pas assez vite et en assez grosse quantités tu ne fait presque rien. Donc trop de personne pour le peu de travail qu’il y a = pas d’argent. Il aurait simplement du être honnête avec eux et moi!

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