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Deux crevettes dans le trafic

Avant de partir pour le Vietnam on s’est fait prévenir de plusieurs choses, dont: « Le Vietnam c’est un peu comme un gros magasin North Face », « Les Immodiums ce n’est pas assez fort pour ce que tu vas pogner là-bas » et finalement « Le trafic est fucked up ». Conseils avisés.

Voici une histoire de trafic fucked up qui est survenue vers la fin de notre voyage, à notre arrivée dans la ville d’Hanoi.

Après près d’un mois passé sur les petites îles tranquilles de Bali et Lombok, on retrouve le chaos du trafic vietnamien non sans appréhensions.

Un jeune chauffeur engagé par notre hôtel vient nous chercher directement à l’aéroport, une pratique courante au Vietnam. Il nous attend dans une rutilante Impala noire 2015. Une auto vraisemblablement louée, neuve et chère pour les standards du coin.

On roule pendant un moment sur l’autoroute, pour finalement s’aventurer dans la vieille ville sur un boulevard à quatre voies, qui en réalité ressemble plus un 8 voies out of control. Des centaines de motos, de voitures et de vélos roulent pare-chocs à pare-chocs dans ce que je qualifierais de ghetto Nascar-en-ville.

Notre chauffeur évite habilement les motocyclistes, téléphone à la main et pas une lueur de stress dans les yeux. On s’immobilise sur le premier feu de circulation que l’on croise en 40 minutes et c’est à ce moment qu’une moto non plaquée percute le côté gauche de l’Impala. Je dis moto, mais en fait 4 bouts de branches assemblées avec de la colle Lepage et une pipe à eau en guise de moteur auraient plus en commun avec une moto que la moto en question.

Il faut savoir qu’au Vietnam, les gens traînent de grandes quantités de n’importe quoi sur leur moto. Des cossins qui prennent beaucoup de place, et qui défient toutes les lois de la gravité.

Ainsi, la moto qui nous accroche le fais par le biais d’une planche de 6 x 8 de pressed wood qui servait probablement de support à livraison pour de multiples cossins.

Au moment de l’impact, notre chauffeur sort rapidement pour constater les dégâts. S’en suit une conversation, que je qualifierais de presque-mime, digne d’un théâtre d’été québécois. Le tout se résume à notre chauffeur qui pointe la méchante scratch sur l’auto et le motocycliste qui se prend la tête de façon théâtrale et désespérée. Pendant ce temps, le trafic reprend de plus belle autour de la scène.

On nous imagine ici immobilisées au milieu de Viger, mais pire que Viger, un lundi soir à 17 h.

Des badauds commencent à pénétrer le trafic, à pieds, pour venir eux aussi participer aux mimes-discussions autour de l’accident. Un policier sorti de nulle part entre en scène, aussi à pied, et demande à tout le monde de se disperser à l’aide de petits gestes nonchalants.

Notre chauffeur fait signe au motocycliste de s’arrêter sur le côté de la route et ce dernier lui fait un signe d’OK. Le chauffeur à peine fermé la porte de l’impala que le motocycliste décolle à toute vitesse devant nous.

S’en suis une scène de poursuite digne du best of de COPS. Le chauffeur navigue dans un trafic aussi dense que dangereux, et ce à toute vitesse. Iouri et moi, à l’arrière avec nos faces de merlan frit. En passant, à ce jour, je ne comprends toujours pas comment on a évité autant d’accidents.

À quelques mètres devant nous, on aperçoit le motocycliste qui emprunte une bretelle d’autoroute. Notre chauffeur, qui n’a visiblement pas dit son dernier mot, s’immobilise à l’entrée de la bretelle pour poursuivre la course. À pieds. Il nous crie un “I’LL BE BACK” avant de décoller à toute vitesse avec l’assurance du T-1000 dans Terminator 2. Il nous abandonne, toujours à l’arrière comme deux crevettes, en quête de ce que l’on croit être une photo du motocycliste.

Deux minutes s’écoulent, puis cinq, puis dix. Toujours aucun signe de notre chauffeur. On s’imagine le pauvre gars en boule sur le bord de l’autoroute probablement en train de vomir sa soupe Pho du matin.

Il réapparaît 15 minutes plus tard. Avec la moto. Sans motocycliste.

En gros, il a la face d’un gars qui est en train de passer le pire moment de sa vie. On le suit des yeux alors qu’il traverse douloureusement le boulevard pour aller la déposer la bécane un peu plus loin. Il rejoint l’Impala à bout de souffle quelques minutes plus tard et se confond en excuse.

Iouri énervé lui pose mille questions en rafales,

What happened? You found the guy? Did you beat him up? You stole his motorcycle as vengeance?? Where is he now?? This is insane!! Le gars, au bout de sa vie, essoufflé comme s’il venait de finir un marathon est incapable de lui répondre. Il regarde Iouri et lui donne un simple pouce en l’air, n’ayant visiblement rien compris et n’ayant aucunement la force d’essayer de le comprendre.

Quelques instants plus tard, sans crier gare, on s’arrête brusquement au milieu d’un autre boulevard infernal. Il quitte l’automobile et nous laisse bouche bée à l’arrière de l’Impala pour la troisième fois cette journée-là. On le voit ressurgir avec la moto qu’il pousse péniblement le long du boulevard jusqu’à l’entrée de ce qui nous semble être un ferrailleur. Il en ressort avec une petite liasse d’argent en main et l’air d’un gars qui vient de tout laisser sur la glace.

Justice was made.

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